Ce qui est absolument singulier chez chacun de nous, ce qui est absolument idiomatique, la signature disons, c’est paradoxalement ce que je ne peux pas me réapproprier. Ça m’est absolument propre, mais je ne peux pas me le réapproprier, c’est ça le paradoxe, et c’est ce qu’un film nous donne à penser. Le film me dit: tu ne peux pas te réapproprier cette chose-là. L’idiome, ton idiome absolu, ce que tu es, ce que tu penses, ce que tu dis depuis la première circoncision, tout cela qui est ton idiome, qui est ton propre absolu, eh bien c’est un propre qui n’apparaît qu’à l’autre et donc qui n’est pas réappropriable, tu ne peux pas te réapproprier ton propre, ton propre appartient à l’autre. Et le film, l’expérience du film, c’est ça, ça n’est pas à moi, non seulement ce n’est pas moi, mais ça n’est pas à moi et je ne peux pas posséder ça, je ne le veux pas et je ne le dois pas. Et je crois que cela a un rapport avec ce qui est dit de la coupure, de la circoncision, du sublime, etc., c’est que le plus propre ne se laisse pas réapproprier. C’est ce que j’appelle quelque part l’«exappropriation»
Jacques Derrida, livrant ses impressions sur le film D’ailleurs Derrida (de Saafa Fathy) suite à sa projection au Collège iconique de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA, France), le 25 juin 2002. via Derrida en castellano – Trace et archive, image et art.


